• Les limites de propriétés décrétées par les révolutionnaires étaient géométriques et ne s’embarrassaient pas de détail: le mur construit dans le cloître pour séparer les propriétés avait déséquilibré l'édifice nécessitant la construction de gros contreforts. N'ayant que peu de pierres disponibles dans cet espace clos, les maçons ont utilisé les morceaux de colonnes, chapiteaux... dont ils disposaient pour étayer le toit et monter le mur de séparation. Une analyse rapide nous a montré qu'il fallait démonter le maximum de ces constructions pour récupérer les éléments indispensables à la compréhension du bâtiment d'origine.

  • Une surprise de taille: dans les fondations, enterrées à un mètre environ, des tailloirs et autres grosses pierres plates, mais surtout un superbe chapiteau d’angle en très bon état de conservation!

  • Pour couper tout lien avec l'église, certains passages avaient été murés. C’est en analysant ces murs que nous avons identifié des morceaux de colonnes servant de « bouchons », et en accord avec la commune, nous avons revu le cadastre pour rendre les ensembles plus homogènes. Les archéologues nous ont fait découvrir l’existence de la chambre du prieur ainsi que de l’escalier des matines, puis celle de l’accès au « reclusoir », les oubliettes d’une abbaye

  • Quand les archéologues des services de l'Archéologie Préventive ont voulu comprendre si des prieurs avaient été enterrés dans le site, ils ont rapidement détecté dans la salle du chapitre six emplacements où la terre avait été remuée. Voulant s’assurer de leur nature, ils ont creusé l’un d’entre eux jusqu’au fond et ont retrouvé la forme d’une tombe et la présence de cinq fragments de poterie. Après analyse, ils ont conclu à la présence de tombes, probablement réservées aux prieurs, datant de la période monastique

Restauration & Protection

 

   La phase travaux…

   Lors de son acquisition, le bâtiment principal n’est habité que pour une petite partie du rez de chaussée et du premier étage, le reste étant dans un état de délabrement avancé. Le cloître sert de poulailler et de remise à outils, la salle du chapitre dont toutes les ouvertures sont bouchées est une cave à cidre, le dortoir des moines un grenier où on fait sécher le linge. Quant aux autres bâtiments ils sont affectés à l’exploitation agricole. Vaste chantier que de réhabiliter un tel lieu sans le dénaturer, mais en le rendant confortable pour une famille nombreuse.

  Grâce à un architecte sarthois très féru de ce type de bâtiment, des discussions s’engagent avec les architectes des bâtiments de France, les spécialistes de la DRAC, ainsi que les services archéologiques du département. Il faut d’abord rendre le bâtiment lisible, en supprimant les ajouts issus de la Révolution, et mettre à jour les éléments d’architecture détournés comme de vulgaires moellons…

  Concentrés sur le « manoir » pour le rendre habitable, les travaux se sont ensuite déplacés vers la salle capitulaire, le dortoir des moines et la chambre du prieur. Une vaste campagne des services de l’Archéologie préventive a mis à jour les fondations des quatre côtés du cloître, puis six tombes dans la salle du chapitre et une dans la travée Est.

   En 2014 commence une première réhabilitation des arcades du cloître, avec la suppression de plusieurs contreforts en pierre de réemploi, et la repose ou la copie des chapiteaux, tailloirs et autres arches. Puis en 2018 sont déposées deux demandes successives pour terminer la travée jusqu'au bout:.une menace sérieuse sur l'équilibre de l'édifice nous ayant contraint à avancer le planning de travaux. La travée est désormais remontée.

 

   Surprises et découvertes

  Quand on entreprend de restaurer un bâtiment de ce type, les surprises abondent… En voici quelques-unes :

  • La restauration du bâtiment principal nous a conduits à décaisser les sols du rez de chaussée et piqueter tous les murs. Dans la pièce du milieu, sous 30 cm de tomettes et de terre, la pelleteuse a mis à jour deux mètres carrés de grosses dalles, de taille très irrégulières mais plates: le sol original de l'abbaye était probablement constitué par les pierres de l'ancienne voie romaine qui passait au pied de l'église 

 

   Les projets de restauration à venir

Le prieuré a failli être classé Monument Historique dans les années 60, comme l'église d'ailleurs, et est aujourd'hui Inscrit à l'inventaire des monuments historiques (ISMH). Cette disposition a permis de réaliser les restaurations indispensables à sa survie.

Mais beaucoup reste encore à faire pour lui redonner le lustre qu'il mérite:

  • Terminer la mise en valeur du cloître restauré par la reprise du jardin intérieur

  • Mettre à jour et renforcer les fresques de la salle capitulaire présentes sur deux murs : une étude réalisée par une spécialiste a conclu à la superposition de trois couches différentes dont il faudra décider le sort

  • Reprendre la façade sud dont le crépis est très abîmé, de même que les appuis de fenêtres. La toiture de ce côté-là aurait aussi besoin d’être refaite